26 juillet 2015

Le passé c'est le monde

Le passé c'est le monde, composé de tout l'immonde de l'événement. C’est sur cette immondicité du monde que se constitue la volonté comme venue de la présence à la présence en se ratant chaque fois : l'être du vouloir ne parvient jamais à se nommer proprement parce que le langage est lui-même une répétition du passé, donc un immondice - ce pourquoi l'obsession des racines, des origines, est toujours le signe d'une pourriture intellectuelle et morale.

Cet échec ne fait qu'ajouter au monde, ne produit qu'encore plus de monde, donc d'immondices propices à l’avènement d'autres formes de la volonté, toutes aussi piégées par le retour du même.
Quoi qu'il se produise hors de moi, du fait de la relativité, est toujours du passé. Autrement dit la cause de ma mort, toujours extensive, est déjà morte, déjà du passé.
 
C'est pourquoi le danger majeur pour soi, c'est la répétition, parce qu'elle appelle ce qui est déjà mort, déjà immonde, au point de la présence et de la nouveauté, du surgissement que je suis. Or la répétition est le fait premier du langage: personne ne parle "avec ses propres mots" comme dit la plèbe qui se croit "progressiste" - parler c'est répéter, c'est souiller le point de l'événement.
Alors bien sûr, au prix d'un grand effort, on parvient quelques fois à piéger le langage et à faire coïncider parole et événement. C'est la poésie. Mais le risque est grand de ne pas en sortir indemne et de se retrouver aphasique, bègue ou dément. Hölderlin, Nerval, Artaud et d'autres en ont fait la terrible expérience.

02 juin 2015

no next

Ainsi te voici de fer et de sang
heure hagarde où le temps s'étiole
imbécile et morne jugement d'amnésique
tes vins amers comme l'éther
ici n'ont plus de créance.

Ophélie - vers W.B. Yeats


Au fait de l'eau
des lys de l'eau
au fait du lit
l'eau fait de son lit
les fées les lys
eau fait lit des lys
des délices des lys d'eau
Ô fée délice de l'enfant
main dans la main mène sa ronde
les pieds tapent tapent la terre
et l'enfant et les fées
sautent sautent nus parmi les lys
tapent sautent dansent main dans la main
mêlant nectars et senteurs des mousses humides
et les pleurs les morts petits et grands
les alités orphiques mi-morts
et les lois d'or en ta main les lys
délices nés de la terre des morts
à tes pieds l'eau comme une foudre
où les saumons claquent comme l'éclair
Ô l'eau délice de mes nuits
mes nuits au lit mi-mort
fée délice de l'enfant aux larmes
fait son rire éclatant
comme la joie des truites au printemps
mousse d'eau indolore le corps des morts
et douce larme d'or mon sang qui se glace.

18 mai 2015

Un jour de printemps

Avant de mourir un jour de printemps
Pleurer, pleurer même dans les rires
- Pour n'avoir pas à tuer.

Avant de mourir un jour de printemps
Prier, prier même s'Il est mort
- Pour n'avoir aimé que si mal et si peu.

Avant de mourir au creux des tempêtes
Mourir de toutes morts d'amour et de rires,
De larmes et de vertus - belles infidèles.

Avant de mourir au bras de la nuit
Saluer la neige et le sel des anges
- Qui devant nous tout vif tombèrent.

Avant de mourir au creux de ce lit
Saluer qui n'est jamais venu et l'entendre
- Pour ne pas pleurer, en plus, ton abandon.

Avant de mourir un jour de printemps
L'enfant encore crie à tue-tête
Les noms des choses qui sont

Et de celles qui ne sont pas.
Et il est bon qu'il en soit ainsi

De tout ce qui vient un jour de printemps.

13 mai 2015

Etat et capital #14587,65

L’État ne sert qu'à maintenir la domination bourgeoise du capital par la garantie du droit de propriété instauré par la bourgeoisie. Ainsi la rente du capital est confiée, en régime bourgeois parlementaire, tantôt aux entreprises privées et à leur banques, tantôt à la bureaucratie - toutes deux parasitaires de la population laborieuse - avec des dosages divers (social-démocratie du PS et autres partis de fausse gauche - FDG, NPA, etc. - ou gaullisme comme "troisième voie" de protection des familles capitalistes françaises contre le CNR et les staliniens du PCF, etc.).
Sans récupération révolutionnaire des biens et des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes constitués en Internationale Communiste, aucune suppression de l’État ni des états n'est envisageable, puisque seule la bourgeoisie parasitaire fait et défait, via les parlementaires qui la représentent exclusivement, les lois dans son seul intérêt.