18 mai 2015

Un jour de printemps

Avant de mourir un jour de printemps
Pleurer, pleurer même dans les rires
- Pour n'avoir pas à tuer.

Avant de mourir un jour de printemps
Prier, prier même s'Il est mort
- Pour n'avoir aimé que si mal et si peu.

Avant de mourir au creux des tempêtes
Mourir de toutes morts d'amour et de rires,
De larmes et de vertus - belles infidèles.

Avant de mourir au bras de la nuit
Saluer la neige et le sel des anges
- Qui devant nous tout vif tombèrent.

Avant de mourir au creux de ce lit
Saluer qui n'est jamais venu et l'entendre
- Pour ne pas pleurer, en plus, ton abandon.

Avant de mourir un jour de printemps
L'enfant encore crie à tue-tête
Les noms des choses qui sont

Et de celles qui ne sont pas.
Et il est bon qu'il en soit ainsi

De tout ce qui vient un jour de printemps.

13 mai 2015

Etat et capital #14587,65

L’État ne sert qu'à maintenir la domination bourgeoise du capital par la garantie du droit de propriété instauré par la bourgeoisie. Ainsi la rente du capital est confiée, en régime bourgeois parlementaire, tantôt aux entreprises privées et à leur banques, tantôt à la bureaucratie - toutes deux parasitaires de la population laborieuse - avec des dosages divers (social-démocratie du PS et autres partis de fausse gauche - FDG, NPA, etc. - ou gaullisme comme "troisième voie" de protection des familles capitalistes françaises contre le CNR et les staliniens du PCF, etc.).
Sans récupération révolutionnaire des biens et des moyens de production par les travailleurs eux-mêmes constitués en Internationale Communiste, aucune suppression de l’État ni des états n'est envisageable, puisque seule la bourgeoisie parasitaire fait et défait, via les parlementaires qui la représentent exclusivement, les lois dans son seul intérêt.

07 mai 2015

Près du lac endormi

Qui encore s'attarde au sépulcre du verbe ?
L'heure dicte éclatante vitrine une folle herbe
Tant de silences, et une voix plus que mienne
Ile coutumière des fêtes très anciennes

Creusent l'espace pur des cages musicales
Belle inerte vacance où la poussière danse
Par les souffles du bronze et les rayons bancals
D'un froid soleil des heureux magnifiant l'absence

Courant parmi les près et perçant dans les villes
Vivace elle nourrit les ruminants tranquilles
Inspire du Levant des pensées magnétiques

Calme sidéral entoure un mélèze étique
Où perche nonchalamment quelque rossignol
C'est le temps venu de jeter ses alignoles !

Dolore sorella

Sous mon arbre au peuple de colombes
Sœur douleur murmure une promesse de paix

Comme la fumée bleue et froide
l'âme dit la brûlure de l'opium

Une ville, un corps
Deux larmes, une démence

Mon arbre au peuple de colombes
Chante gaiement les branches qui craquent
Sous leur fardeau de beauté

Le vent sur la ville
Porte les pleurs d'un étranger

La jeune fille comme un flocon de neige
Fragile dans l'hiver de l'âme

Le vent sur mes pleurs
Éloigne la démence
Remise à demain

Douleur ma sœur fais de mes pleurs
Une neige pour l'enfant qui rit
dans l'hiver de l'homme !

Oiseaux blancs sur l'arbre mort
Doux opium aux fruits déments
Partez, mes branches craquent !

Des dieux, des plis et des muqueuses

Il n'y a jamais eu de "premier homme sur terre". Et le premier homme n'était pas "un" homme.
Il y a d'abord eu des poussées et des reconfigurations (Deleuze parle de dé-reterritorialisations), comme les mains et les fonctions de visagéité. L'homme est le seul vivant à exposer des muqueuses, donc à avoir une bouche. Tous les autres mammifères, singes compris, n'ont que des babines de peau qui, jointes à un larynx rudimentaire, ne leur permettront jamais de parler.
Tout ça est lié à l'acquisition de la station verticale qui est le produit d'une poussée évolutive (comme aussi la poitrine des femmes là où les autres mammifères femelles n'ont que des tétines).
Chez l'être humain on voit que les fesses se sont repliées en même temps que le visage s'est déplié. Ce processus de déploiement se poursuit dans l'usage du langage (cf. Le Pli, le livre de Deleuze sur Leibniz).
La vie veut toujours (se) créer plus de possible, plus de puissance d'être, autrement dit de déploiement de ses puissances qui sont contenues dans la com-plication d'un corps. Ainsi le langage explique ce qui est impliqué dans le compliqué. Spinoza explique ainsi les passions par "des cercles, des carrés et des triangles". Les mathématiciens voient dans l'explication du cône une complication de sections coniques qui ne se rencontrent jamais. Comme si toutes ses sections étaient pliées dans le cône, et que pour en voir une il fallait cacher toutes les autres.
Dans les polythéismes, chaque dieu ou groupe de dieux fait le monde à sa façon et tous ces mondes sont le nôtre. On peut choisir de ne voir qu'à travers la perspective d'un seul dieu et de récuser les autres au rang d'idoles. Le problème c'est que même le monothéisme ouvre plusieurs perspectives mutuellement exclusives, parce qu'il n'existe rien de tel que l'Un, juste un fourmillement infinitésimal que les Amérindiens ont appelé Wakan Tanka, plus ou moins traduisible par "la communauté sacrée", sorte de frontière hyperactive qui peut se réduire à un point qui met tout le champ des devenirs en relation dans des processus de guérison, autrement dit puissance et vie. Par l'usage sacré du langage, le monde devient intérieur. L'arbre qui frémis devient mon frémissement. L'aigle qui survole la montagne est mon chemin de guérison. A la seule condition de le retrouver dans mon rêve.
Dans la poésie française, Baudelaire et Artaud sont allés très loin dans la guérison des rêves comme fuite loin des machines de la ville moderne. Il faut les lire comme des shamans, des guérisseurs qui se sont eux-mêmes offerts en sacrifice aux fracas du langage toujours renouvelé de la poésie, contre la répétition bêtifiante des bavardages du siècle (journalisme, cinéma commercial...).

30 avril 2015

Tes Pas

La neige sous ton pas de reine 
Craque comme un oiseau de papier 
Que l'on froisse avant de jeter au feu. 

Le ciel puissant comme un athlète 
Étend les muscles de ton corps 
Ciel clair comme un diamant. 

Lumière sur ta joue dessine 
Avec la ligne de ton cou si fin
Une plage aux douces dunes. 

Mes yeux ne te voient pas
Mes oreilles n'entendent pas 
Ton pas qui crisse près de la tombe 
Où je repose sous le ciel beau
 Comme le palais d'un dieu très antique.